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Top Séries : Vos Stars : Reportages : David Duchovny

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Reportage sur David Duchovny

 

Au Début de l'année 1993, David Duchovny était en bonne voie pour devenir une star au cinéma. Après quelques seconds rôles dans des films comme Beethoven, Ruby et Chaplin, il avait joué aux côtés de Brad Pitt dans Kalifornia, un road-movie très stylisé, et semblait destiné à devenir une gloire d'Hollywood. En fait, pour accéder au sommet, il ne lui manquait plus qu'une chose: un premier rôle dans une grosse production.

Mais à ce moment précis, sa carrière a pris une direction inattendue. Alors qu'il attendait de trouver ce fameux film qui lui permettrait de faire le break, on lui a proposé de jouer dans une série fantastique qui s'appelait X-Files. Persuadé que cette série ne durerait pas plus de douze épisodes, il accepte ce rôle, le voyant comme un bon moyen d'améliorer sa notoriété et de passer le temps en attendant le film idéal. Mais le destin en a décidé autrement puisque, comme chacun sait, X-Files est devenu l'un des plus grands succès télévisuels de la décennie ! Du coup, l'acteur a dû momentanément renoncer à ses ambitions cinématographiques pour se concentrer sur les enquêtes d'un certain Fox Mulder.

Après trois années d'une fidélité absolue à la télévision, le démon du grand écran l'a repris puisque pendant l'été 1996, entre les tournages de la troisième et de la quatrième saison, il a pris sur ses vacances pour être la vedette d'un film intitulé Playing God. Il y joue le rôle du Docteur Eugène Sands, un médecin réputé qui perd son droit d'exercer son métier après avoir réalisé une opération chirurgicale alors qu'il se trouvait sous l'emprise de la drogue. Du coup, pour gagner sa vie, le voilà obligé de travailler au service d'un gangster local.

Curieux mélange de thriller et de fable à résonance morale, Playing God n'a vraiment rien à voir avec le monde fantastique de X-Files. Et cette différence de ton et d'univers est l'une des raisons principales pour lesquelles l'acteur a décidé de faire ce film. "Au départ, explique-t-il, il s'agissait surtout pour moi de changer d'atmosphère. J'avais envie de travailler avec une nouvelle équipe et d'entrer dans la peau d'un autre personnage. J'ai vraiment vécu ça comme un acte libérateur. Mais au-delà ce cet aspect, c'est aussi le rôle en lui-même qui m'a intéressé, à cause des problèmes moraux qui tourmentent le personnage. C'est un type qui traîne le remords d'avoir bousillé sa carrière à cause d'une faute stupide. A cela s'ajoutent les questions qu'il se pose sans cesse à propos de son boulot pour la pègre. Doit-il continuer de soigner des types qui tuent les autres sans le moindre état d'âme ? Faut-il sauver la vie de quelqu'un qui prend celle de son prochain ? Ces questions, je me suis rendu compte qu'elles n'avaient jamais été beaucoup traitées au cinéma. De même, ce personnage de médecin marron, qu'on voit souvent apparaître dans les polars, ne s'était jamais trouvé au centre d'un film. C'est aussi cette originalité qui m'a plu".

Evidemment, Playing God a constitué un test pour l'acteur dans la mesure où il s'agissait de son premier film depuis son gigantesque succès dans X-Files. Pouvait-il facilement quitter la peau de Fox Mulder, où était-il au contraire trop marqué par ce personnage ? A juger de l'accueil médiocre qu'a reçu le film aux Etats-Unis, on peut penser que le public ne soit pas tout à fait disposé à le voir emprunter une nouvelle identité. Et cela, pour l'acteur, c'est difficile à avaler, dans la mesure où sa pire angoisse est de porter une étiquette !

En toute logique, on peut s'étonner qu'il ait choisi de jouer dans un tel film au lieu de se trouver un rôle plus conventionnel pour renouer avec le cinéma. A cela, il répond qu'il n'avait aucune envie de jouer dans une grosse production, et que Playing God ne lui est jamais apparu comme une prise de risque.

"Bien sûr, avoue-t-il, beaucoup de gens m'ont déconseillé d'accepter ce rôle. En particulier mon agent, mais il pensait aussi que je ne devais pas faire X-Files! Depuis, je lui ai pardonné... En tout cas, je ne vois pas Playing God comme un choix courageux dans ma carrière, dans la mesure où c'était vraiment le type de film que j'avais envie de faire. La reconnaissance du grand public, je l'ai avec X-Files, alors pourquoi m'embarquer dans une grosse machine à 100 millions de dollars ? Pour résumer, mon problème était de me faire plaisir, pas de faire plaisir aux autres!"

Pour incarner le Docteur Sands, David Duchovny est allé regarder des chirurgiens au travail. "J'avoue que je n'en garde pas un souvenir impérissable confie-t-il. L'un des pires inconvénients de ce métier est exactement le même que celui de comédien: souvent, il faut se lever à quatre heures du matin! Sinon, j'ai assisté à une opération du cerveau ainsi qu'à une intervention pour une infection à la jambe. L'opération du cerveau était un spectacle difficile à supporter, en particulier parce que le patient était complètement endormi. C'est très troublant de voir quelqu'un d'inconscient se faire ouvrir la tête. J'en ai parlé avec une de mes amies qui était mariée avec un chirurgien. Il disait préférer de loin opérer sur des gens qui avaient subi ne anesthésie générale, et à la longue, elle a fini par ressentir un malaise vis à vis de lui , une sorte de problème de confiance! Psychologiquement, la relation entre un chirurgien et son patient n'est pas innocente. On peut même dire qu'elle est beaucoup plus effrayante que l'aspect gore d'une opération".

Par ailleurs, avant le tournage du film, l'acteur s'est beaucoup documenté sur la toxicomanie et les effets des drogues. Mais il se refuse à émettre un point de vue moral sur la question: "Ce n'est pas le rôle d'un acteur, dit-il. Je me vois mal en train de décréter si ce genre de choses est bien ou mal. Tout ce qui m'intéresse, en tant qu'acteur, c'est d'observer les choses pour les restituer d'une façon réaliste. Dans le cas de mon rôle, il y avait deux aspects passionnants. D'abord, chercher à comprendre quel cheminement psychologique peut conduire un type de ce genre à devenir toxicomane, ensuite prendre en compte toutes les manifestations physiques liées à la drogue pour donner au personnage un maximum d'authenticité".

Est-il vraisemblable qu'un médecin aussi brillant que le héros de Playing God puisse tomber un jour dans la drogue ? Duchovny s'est évidemment posé la question. En interrogeant des gens du milieu médical, il a eu la confirmation que la toxicomanie y était très répandue. "Comme tous les consommateurs de drogues, dit-il, les médecins toxicomanes utilisent ce moyen pour combattre un mal-être. Mais, à la différence des autres, ils sont convaincus de pouvoir gérer cette consommation sans tomber dans la dépendance".

Aux côtés de la star de X-Files, on signalera la prestation de Timothy Hutton, un acteur plutôt abonné aux rôles sympathiques, et qui s'offre ici un contre-emploi radical. Son rôle : Raymond Blossom, un faux-monnayeur qui emploie Eugene Sands comme médecin particulier" Pour Timothy, ce rôle est vraiment une bonne chose, dit David Duchovny. C'est vrai qu'il excelle dans les personnages sensibles et vulnérables, et que le public l'apprécie dans ce genre d'emploi, mais je crois qu'il possède en lui une dimension moins gentille qui avait besoin d'un rôle de méchant pour pouvoir s'épanouir".

Dans le film, le médecin et son employeur vont être amené à s'opposer quand Sands a une liaison avec Claire, la petite amie de Blossom. La jeune femme est interprétée par Angelina Jolie, une parfaite inconnue dont David Duchovny a particulièrement apprécié le jeu. Il a d'ailleurs été partie prenante dans le choix de cette actrice pour le rôle."

On a auditionné beaucoup de comédiennes, confie-t-il. Parmi elles, beaucoup était excellentes, et convenaient parfaitement au personnage. Du coup, on était bien en peine de choisir. Et puis, l'ultime jour de casting, Angelina est passée la dernière. Alors qu'il faisait très chaud dehors, elle est arrivée avec un imper noir qui lui donnait un air vraiment bizarre. En plus elle avait un accent d'Europe de l'Est à couper au couteau, à tel point qu'on avait du mal à comprendre ce qu'elle disait. Mais dès qu'elle a lu son texte, il s'est vraiment passé quelque chose. Le genre de truc magique qui se passe parfois dans les casting. A peine était-elle partie qu'on s'est tous dit qu'elle était le bon numéro. Après, restait le plus difficile : convaincre les investisseurs de prendre une inconnue! En tout cas, je trouve ce genre de moment particulièrement excitant. C'est quand même autre chose d'assister à l'éclosion d'un nouveau talent, que de voir quelqu'un décrocher un rôle parce qu'il fait la couverture d'Entertainment Weekly ( célèbre hebdo américain spécialisé dans le spectacle. ndlr). Je sais que je suis mal placé pour dire çà, puisque je 'ai pas besoin de passer une audition pour avoir un rôle, mais c'est vraiment agréable de voir que ce genre de choses peut encore arriver à Hollywood. Cela dit, Playing God était une petite production de 12 millions de dollars. Sur un film plus normal, avec un budget de 40 millions, c'était inenvisageable".

Par ailleurs, Playing God marque aussi les débuts au cinéma de Andy Wilson, un réalisateur britannique qui vient de la télévision. Tout en rendant hommage au talent du cinéaste, David Duchovny confie qu'ils ont eu parfois des différents pendant le tournage. "Notre plus gros problème était qu'on n'avait pas un script en béton, explique-t-il. Parfois, il fallait qu'on improvise, et c'est dans ces moments là qu'apparaissaient nos divergences sur le film. Quand je regarde le résultat final, je me rend compte que nous sommes parvenus à un certain équilibre entre les deux visions. Par exemple, son aspect parfois comique, qui l'empêche de basculer dans le mélodrame, est une dimension à laquelle je tenais beaucoup. En fait, dans ce projet, chacun avait des motivations personnelles bien précises: moi je voulais faire sensation avec mon jeu d'acteur, et lui voulait faire son Pulp Fiction. Finalement, c'est une bonne chose que chacun ait empêché l'autre de faire exactement le film dont il rêvait. Au bout du compte, le résultat est bien meilleur que si l'un de nous deux avait pris le contrôle. Il y a, par exemple, dans Playing god, une dimension de film d'action que beaucoup de gens semblent apprécier, et qui ne correspond pas du tout à ma vision de départ. A Hollywood, la plupart des films d'action ne reposent pas sur un concept. D'abord, on décide de faire exploser un building, et ensuite, on cherche une bonne idée qui puisse aller avec. Avec un peu de chance, on finit toujours par en trouver une. Pour Playing God, c'est le contraire : on est partis d'une idée, et on est arrivé au film d'action ! je crois que c'est ce qui lui donne une certaine profondeur. A la base, il y a une étude de caractère, et ensuite viennent des poursuites de voitures, ou ce genre de choses, pour l'agrémenter".

Quoiqu'il en soit, pour David Duchovny, le gros événement cinématographique de l'année est plutôt le film de X-Files. Tourné l'été dernier sous le titre provisoire de Blackwood, il se situe dans le prolongement de la cinquième saison de la série et devrait faire un carton l'été prochain, Comme tous les autres membres de l'équipe, Duchovny devient très discret dès que l'on aborde le sujet. Mais e tout en affirmant que la production ne lui a donné aucune consigne à ce sujet. "C'est drôle, dit-il, parce que le Monde entier s'imagine que nous appartenons nous-même à une sorte de conspiration. Beaucoup de gens pensent que X-Files fonctionne comme une machine de propagande. Ils seraient presque prêts à croire qu'on nous a programmés pour tenir sur le film un discours officiel ! En fait, si je tiens à rester discret, 'est parce que je trouve stupide de dévoiler l'intrigue. Moi-même, quand je vais voir un film, je n'ai pas envie de tout savoir à l'avance".

Abordons les choses autrement. Sans trahir le secret de l'histoire, David peut-il quand même nous donner quelques infos ? "Tout ce que je peux vous dire, répond-il, c'est que le scénario se concentre sur mon passé, dans lesquels les extraterrestres ont joué un rôle, et sur la fameuse théorie du complot. Vous pouvez en conclure qu'on n'y parlera pas du tueur du Diable du New Jersey ou du building d'un fantôme dans l'ordinateur ! En fait, l'histoire reprend tous les éléments de la conspiration développés depuis cinq ans. Les extraterrestres existent-ils ? Qui sont-ils ? Que leur est-il arrivé ? Qui les cache ? Les utilise-t-on pour faire des manipulations génétiques ? Toutes ces questions sont posées dans le film, et nous y répondons.... d'un point de vue fictionnel, bien sûr! A part ça, je ne voudrais avoir l'air d'un représentant commerce, mais je dois vous dire que le script est vraiment exceptionnel. Le tour de force de Chris Carter est d'être parvenu à raconter une histoire qui fonctionne à la fois pour les fans et pour les gens qui ne connaissent pas la série. Tout en apportant un tas d'éléments nouveau par rapport aux cinq saisons, l'intrigue fonctionne de manière totalement autonome".

Dans la foulée du film, l'équipe a entamé le tournage de la cinquième saison. Et alors qu'à ce stade, la plupart des séries commencent à accuser une baisse d'intérêt de la part du public, les audiences étaient au rendez-vous quand la diffusion a repris. Duchovny avoue qu'aujourd'hui le succès phénoménal de X-Files continue de l'étonner et qu'il a bien du mal à l'expliquer. "Tout ce que je peux dire, avance-t-il, c'est que cette série est de qualité, et qu'elle est arrivé a bon moment en traitant d'un sujet qu'aucune autre série n'abordait. Rien à voir avec une série médicale comme Urgences, ni avec des histoires de flics comme New York Police Blues ou New York District. Ces séries sont très réussies, mais elles montrent un univers que l'on a déjà vu cent fois. L'avantage de X-Files, c'est qu~on y trouve tout à la fois: un peu d'hôpital, un peu de flics, un peu de soap-opéra et surtout beaucoup de fantastique. En ce sens, c'est un concept vraiment unique. A cela, il faut ajouter la qualité de l'écriture, de la réalisation et - j'ai la faiblesse de le penser - de l'interprétation. Tout ça, avec un sujet particulièrement à la mode comme celui des aliens, ça faisait beaucoup d'atouts pour réussir".

Récemment, les Emmy Awards ont rendu hommage à Gillian Anderson en la désignant comme meilleure actrice pour son rôle de Dana Scully. En revanche, David Duchovny est rentré chez lui les mains vides! La presse à scandale s'est empressée de broder autour du fait que l'acteur était très jaloux de sa partenaire, ce qui l'amuse beaucoup sachant que les récompenses ou autres congratulations ne sont pas sa tasse de thé. "Un Award, n'est jamais que l'opinion d'un petit groupe de gens, explique-t-il. Ca fait plaisir pendant vingt minutes à celui qui le reçoit, mais ça ne veut pas dire grand chose. De toute façon, on ne peut pas plaire à tout le monde, alors si c'est le but qu'on se fixe on s'expose à être très malheureux. Cela dit, pour être tout à fait honnête, j'avoue que j'aurais quand même aimé recevoir un Emmy. Mais il y a tellement d'excellents acteurs dans ce domaine! Rien que pour établir la liste des nominés, il a fallu en écarter au moins une demi-douzaine. On aurait pu les mettre à notre place sans que personne ne songe à contester cette décision. Par ailleurs, mon rôle dans X-Files ne se prête pas tellement à ce genre de récompense : je ne joue ni un alcoolique, ni poignante histoire sentimentale, le genre de trucs qui fonctionne bien dans ce genre de compétition".

Emmy ou pas, ça ne change pas grand chose pour David Duchovny. Grâce à X-Files, il est devenu avec George Clooney l'acteur de télé le plus populaire de la planète. Et cette incroyable célébrité est sa meilleure récompense, même si elle comporte un inconvénient majeur : la difficulté d'avoir une vie privée. "La première chose qui m'a marqué quand les gens ont commencé à m'aborder dans la rue, c'est qu'il y avait un déséquilibre dans la relation. Dun côté, ils savaient parfaitement qui j'étais, de l'autre, ils étaient pour moi de parfaits inconnus. Au début, cette situation me donnait un sentiment de culpabilité, un peu comme quand quelqu'un se souvient parfaitement de vous et que vous êtes incapable de mettre un nom sur son visage! Pendant un moment, j'ai tenu à avoir un relation normale avec ces inconnus, puis j'ai fini par laisser tomber. En tout cas, devenir une personne publique procure une sensation très étrange. Je ne veux pas avoir l'air de me plaindre, mais perdre l'anonymat est un processus irréversible qui apparaît rapidement comme un lourd sacrifice. Quand on en subit les effets, il est déjà trop tard pour se dire que ce n'était pas du tout ça que l'on recherchait en faisant ce métier. Evidemment, on sait en gros au départ à quoi l'on s'expose, mais il faut vraiment le vivre pour se rendre compte quel point c'est pénible".

La célébrité de David Duchovny a atteint un tel niveau qu'elle s'étend aujourd'hui à son entourage, en particulier à ses parents. Non seulement sa mère Margaret et son père Amram reçoivent fréquemment des E-mails envoyés par des fans, mais il arrive parfois qu'on leur demande des autographes ! " je me sens un peu coupable quand j'apprend ce genre de chose, confie l'acteur. Je n'avais jamais pensé que ce genre de choses puisse arriver. On m'a dit que récemment un magazine avait publié une photo de ma soeur. Ca peut paraître anodin, mais moi ça me contrarie beaucoup : je n'ai pas spécialement envie que tout le monde connaisse son visage. je l'avoue, je n'avais jamais pensé que mon métier d'acteur puisse avoir des conséquences sur la vie des membres de ma famille. C'est ce manque de prévoyance qui me donne un sentiment de culpabilité. Je ne vais pas me formaliser du fait que mon père soit obligé de signer des autographes -d'autant qu'il adore ça! -, mais le fait qu'on le reconnaisse peut avoir éventuellement des conséquences sur sa sécurité. Pour cela, je dois assumer vis à vis de lui certaines responsabilités. Le problème, c'est que je ne sais pas comment m'y prendre".

Autre signe de l'intérêt que suscitent les parents de l'acteur: un jour où David était invité chez David Letterman, un célèbre présentateur de talk-show, sa mère qui se trouvait dans le public a été montrée en gros plan par les caméras. " Quand j'ai commencé à passer dans des émissions de télévision, dit-il, elle m'a fait jurer de ne jamais parler d'elle, et par dessus tout de ne jamais dire où elle travaillait. Le problème, c'est que j'ai bien été obligé de l'évoquer, parce qu'il est difficile de parler de soi sans jamais aborder le sujet des parents. Elle était absolument furieuse. Alors, avec l'épisode de David Letterman, c'était encore pire. Ma mère n'est pas du genre à se laisser impressionner par tout ce cirque. D'ailleurs, je ne crois pas qu'elle puisse être impressionnée par quoi que ce soit ! Ce jour là, le public était hystérique, comme d'habitude dans ce genre de show. Quand je suis apparu, ils se sont mis à hurler, à tel point que j'avais l'impression qu'ils s'étaient auto-hypnotisés pour se persuader que j'étais Paul McCartney. Ce jour là, mes parents ont encore été de corvée d'autographes. Ce qui a beaucoup contrarié ma mère parce qu'elle s'y refuse en principe. Elle trouve anormal qu'on lui demande ça simplement parce que je suis son fils, alors qu'elle le mériterait davantage pour ses vingt-cinq années passées au service de l'enseignement. C'est un point de vue avec lequel je suis tout à fait d'accord !".

Côté vie privée, Duchovny a eu encore fort à faire quand ce célibataire très convoité est devenu le chevalier servant de Tea Leoni, la vedette de la sitcom Une fille à scandale. Quitte à choquer beaucoup de ses fans, c'est dans le plus grand secret qu'il a décidé de l'épouser à New York le 6 mai 1997. D'ailleurs, confie-t-il avec une certaine satisfaction, il s'est laissé dire que la plupart d'entre eux n'avaient pas pris ombrage de cette cachotterie. "De plus, ajoute-t-il, comme nous avions chacun nos fans, j'ai aussi récupéré les siens". On pourrait observer qu'en épousant une célébrité, David Duchovny a encore accru cette pression médiatique dont il prétend souffrir. Mais pour lui, paradoxalement, cette situation lui rend la vie plus supportable.- Dans un couple, quand on est tous les deux connus, on comprend mieux les choses. Mais, en même temps, il faut faire attention à ne pas laisser les médias nous monter l'un contre l'autre. Ils aiment semer la discorde, en particulier quand la carrière de l'un des deux marche mieux que celle de l'autre. Personnellement, si on m'appelle un jour Monsieur Leoni, ça ne me gênera pas, parce qu'elle que je pense qu'elle a En fait, si ce mariage est une source de problèmes, c'est plutôt pour une raison géographique. Pendant toute cette saison, alors que David était basé à Vancouver pour le tournage de X-Files, Tea travaillait à Los Angeles. "C'est vraiment dommage, regrette-t-il, parce que mon peu de temps libre, je le passe dans les avions pour la rejoindre là bas. J'ai fait ça cette année, mais il est hors de question que je recommence. Je le confirme, si la sixième saison ne se tourne pas à Los Angeles, je ne continuerai pas la série. Cela, même si je conviens du fait qu'être séparé comme nous le sommes n'est pas une situation insoutenable. Qu'on ne croie pas que je me promène comme une âme en peine sur le plateau de X-Files en me disant que Tea me manque, pas plus que je ne pense que notre couple est en danger. Les choses se passent de manière très cool..."

Il faut savoir aussi que les démêlés de l'acteur avec les journalistes ou les paparazzi l'ont amené à devenir un spécialiste des questions juridiques. "je ne m'insurge pas contre le fait qu'on me prenne en photo, dit-il. Ce qui me gêne, c'est que pour cela on viole mon intimité. Souvent les photographes me reprochent de ne pas jouer le jeu en posant pendant cinq minutes pour leur donner ce dont ils besoin. Mais, même lorsqu'ils prétendent qu'ils vous laisseront ensuite en paix, ils continuent de vous suivre ou de vous espionner. Il m'est arrivé de me lancer dans des courses poursuites en voiture pour tenter de les semer, et c'est très effrayant. En plus, il arrive qu'on ne puisse même pas entrer chez soi parce que s'ils connaissent votre adresse et montrent au public où vous habitez, n'importe qui peut y venir. Et là, même si l'immense majorité des fans sont totalement inoffensifs, il suffit d'un détraqué pour que ce soit le drame. Et ça, ça rend vraiment parano".

Pour Duchovny, la législation dans ce domaine est totalement dépassée, sachant qu'elle date d'une époque où les paparazzi ne disposaient pas d'un équipement aussi sophistiqué. A terme, pense-t-il, cet anachronisme pourrait avoir des conséquences très graves sur l'évolution de la société: "Bientôt, prophétise-t-il, plus personne ne voudra devenir une personne publique, dans le domaine du spectacle, mais aussi en politique. Les gens renonceront à ce type d'activité pour préserver leur vie privée. Moi-même, si c'était à refaire, je me demande si je ne renoncerais pas à X-Files, même si je sais tout le plaisir que j'ai pu apporter à des gens en incarnant Fox Mulder. Qu'arriverait-il si les responsables politiques tenaient le même raisonnement ? Imaginez quelqu'un dont les qualités peuvent être déterminantes pour l'avenir du pays, mais qui préfère rester dans l'ombre pour éviter qu'on n'espionne sa vie ou celle de ses proches : ce serait un véritable gâchis. Et, à la place de cette élite, on verrait émerger une classe d'incompétents, prêts à assumer les inconvénients de la vie publique pour se trouver aux postes de commande. Des sortes de pantins médiatiques, incapables de conduire le pays, avec, à la clé, le désastre que l'on peut supposer".

Imaginons que l'acteur ait réellement décidé de ne pas devenir acteur. Dans ce cas, il serait probablement professeur d'Université, puisqu'après de brillantes études à Yale, c'est à cette carrière qu'il se destinait avant d'opter finalement pour le métier d'acteur. "Mais cette décision ne s'est pas prise brusquement, précise-t-il, elle est venue progressivement. Je ne me suis pas réveillé un jour en me disant que je voulais marcher sur les traces de Marlon Brando".

Bizarrement, David est persuadé que ses études lui ont été très utiles pour son métier d'acteur. " A l'époque, je me suis forgé une discipline dont je tire aujourd'hui les bénéfices. Dans le travail d'acteur, il y a une grande part de préparation qui demande beaucoup de sérieux. Au moment de tourner, si l'on fait au préalable le travail nécessaire on se sent plus en confiance". Cela dit, même s'il adore son métier, l'ex-étudiant avoue qu'être acteur ne demande pas beaucoup de matière grise. "Intellectuellement, ce n'est pas vraiment un challenge, dit-il. S'il existe chez les hommes toutes sortes de formes d'intelligence, j'ai la nette impression qu'aucune n'est nécessaire pour devenir acteur. On a coutume de dire que X-Files est une série très maligne. C'est vrai qu'elle se situe au dessus de la moyenne, mais son contenu ne tient pas la distance avec celui de la plupart des livres que nous avons lu vous ou moi. Dans le métier d'acteur, c'est davantage sur un plan émotionnel, voire spirituel, que les choses se passent. Récemment, j'ai entendu parler d'intelligence émotionnelle. C'est un concept auquel je souscris et qui correspond tout à fait à l'aptitude nécessaire pour bien jouer la comédie". Puisqu'il semble amateur de challenges, pourquoi ne pas prendre le risque suprême en jouant dans une comédie ? Lors d'un sketch en invité dans le Larry Sanders Show, l'acteur a montré un talent évident pour la parodie.

Mais cette perspective semble le terrifier : "La comédie, c'est ce qu'il y a de plus difficile. Tea est très bonne dans ce domaine et elle pourrait être pour moi une bonne source d'inspiration. Mais si j'ai très envie de me lancer ce défi, d'un autre côté j avoue que ça me fait très peur. Si je prenais un jour cette décision, j'aurais besoin d'être rassuré en permanence". Jim Carrey a-t-il du souci à se faire ? On le saura bientôt !

Par Mike Thomas
Extrait de "X posé" mai 1998

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